"Je pousse la porte de mon épaule intacte avant d'être accueilli par la réalité sèche et brutale d'escaliers de bois fendus. Mon corps fini au pieds des marches, laissant une constellation de taches rougeâtre sur le mur qui reçoit son impact. Mes oreilles sifflent, je me relève sans grâce et sans pensée. J'entends des cris derrière moi. Des ricanements. Ils arrivent.

Je me précipite dans la noirceur du couloir. Une musique aux accents industrielles tire sur mon oreille droite. Je la suis. D'autres gens? Un porte manteau plein de poussière me percute l'épaule, mais je ne bronche pas. Mes pieds glissent sur l'accumulation de poussière, et je tombe dans un amoncellement de boites de bières vides. Le carton est humide, l'odeur est métallique, sanguine... à moins que ce ne soit mon bras tordu? Mes dents mordent mes joues jusqu'à dénuder la chaire. La musique... je me relève et laisse mes jambes fourbues se faire violence pour me guider vers le rythme artificiel. Une lueur? Un trait de lumière, indécis entre le pourpre et le cyan, s'échappe d'une porte dont la poignée pends hors de son socle. Le sol tremble sous le poids de l'ambiance. La musique vient de là. Je pousse la porte.

Une salle pleine à craquer. Une boule disco. Des néons sur les murs. Des dizaines de pions qui bougent, sans esprit, de haut en bas. Un parfum de vomit frais et dur. C'est trop. Mais... ils arrivent.

Je plonge vers la foule. Les corps s'entrechoquent, s'attirent, se repousse, personne ne remarque l'inconnu écorché qui tente de se frayer un chemin vers le coeur. Le DJ. Je pense le connaitre. Apparemment il aurait peut-être un truc pour m'aider. Une armoire à glace m'envoie son coude dans le front. Je suis projeté sur quelqu'un. Mes paupières s'alourdissent, la douleur me fait un clin d'oeil cruel... ma conscience s'alourdis, disparaissant dans les méandre des mesures cauchemardesque...

Quelqu'un me prends l'épaule. Un inconnu. Il est ivre, tenant à la main une bouteille de mélange non identifié. Il a à peine le temps de constater l'état de mon bras que la bouteille se retrouve suspendue à mes lèvres. C'est ignoble. Je sens mes extrémités s'alourdir et la douleur reculer. C'est gérable. Une main musclé s'écrase brutalement contre le visage de l'inconnu, et derrière lui, deux d'iris étincelant de violence. Je suis sur la ligne rouge. Ils sont là.

Je plonge vers la source du son. C'est en dérapant que j'arrive contre un haut parleur gris et sale. Le bruit est assourdissant. Je toise ma droite. Une autre immense caisse de son. Entre les deux, une table souillée, jonché de bières, de verres, de tourne disques, et...

Je plonge derrière la console de son. Mon ami lâche la platine en criant alors que je me colle à lui. Je n'ai plus de temps. Je colle une main dans son dos, et à tâtons, mes doigts frôlent le métal poisseux d'une arme.

Je m'en empare.

Et alors qu'il s'apprête à m'empoigner, mon premier poursuivant reçoit une balle dans la jambe."